Latin et médecine - I.

 


 
Énée blessé soigné par Iapyx.Fresque de Pompéi, vers 69-70.
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1 | Le Quadrilatère de Celse : la réaction inflammatoire.

At si in praecordiis inflammatio et dolor est, primo superimponenda sunt cataplasmata reprimentia, ne, si calidiora fuerint, plus eo materiae concurrat ; deinde si prima inflammatio se remisit, tum demum ad calida et umida veniendum est, ut ea, quae remanserunt, discutiant. Notae vero inflammationis sunt quattuor : rubor et tumor cum calore et dolore. Quo magis erravit Erasistratus, cum febrem nullam esse sine hac dixit. Ergo si sine inflammatione dolor est, nihil imponendum est : hunc enim statim ipsa febris solvet. At si neque inflammatio neque febris sed tantum praecordiorum dolor est, protinus calidis et siccis fomentis uti licet.

Celsus, De Medicina, Liber III, Caput X, 2-3.

Aide à la traduction

Arthur V. a étudié les propositions subordonnées circonstantielles du texte de Celse.

Traduction d' Édouard et d'Arthur D. :

At si in praecordiis
inflammatio et dolor est
primo
cataplasmata reprimentia
superimponenda sunt
ne plus materiae
concurrat eo
si calidiora fuerint.
Deinde si prima inflammatio
se remisit
tum demum
veniendum est
ad calida et umida [cataplasmata]
ut discutiant
ea quae remanserunt.
Vero
notae inflammationis sunt quattuor :
rubor et tumor
cum calore et dolore.
Erasistratus erravit
quo magis
cum dixit
nullam febrem esse sine hac [inflammatione.]
Ergo
si dolor est
sine inflammatione
nihil imponendum est.
Enim statim
ipsa febris solvet hunc.
At
si neque inflammatio neque febris est
sed tantum
dolor praecordium
protinus
licet uti
calidis et siccis fomentis.
mais si dans les hypocondres
il y a une inflammation et une douleur
d'abord
des cataplasmes répercussifs
doivent être placés [dessus]
afin que davantage de matière
ne s'accumule à cet endroit
[ce qui aurait été le cas] s'ils avaient été plus chauds.
Ensuite si la première inflammation
s'est calmée,
alors seulement
il faut en venir
aux cataplasmes chauds et humides
pour qu'ils dissipent
le reste de l'inflammation.
Or
il y a quatre signes de l'inflammation :
rougeur et gonflement
avec de la chaleur et de la douleur.
Érasistrate s'est trompé
en cela beaucoup
quand il a dit
qu'il n'y a aucune fièvre sans [inflammation].
Donc
s'il y a de la douleur
sans inflammation
rien ne doit être mis dessus.
En effet, aussitôt
la fièvre elle-même la dissipera.
Mais
s'il n'y a pas d'inflammation ni de fièvre
mais seulement
de la douleur aux hypocondres
immédiatement
il convient d'utiliser
des préparations chaudes et sèches.

Émil et Gabriel ont commenté le texte de Celse :

Le texte de Celse est intéressant pour plusieurs raisons :
• Il montre la méthode utilisée par le médecin romain. Celui-ci fait un examen clinique du malade et l'observe de façon précise. En fonction de ce qu'il a pu constater, le remède sera différent. Par exemple, il regarde s'il y a de la fièvre ou bien de la douleur.
Par ailleurs, Celse compare ses observations avec celles d'un médecin grec du IIIe siècle avant notre ère, Érasistrate, avec lequel il n'est pas d'accord et il en fait donc une lecture critique. Cela montre que les médecins romains utilisaient les écrits des médecins grecs tout en apportant des améliorations. Ici, Celse dit que la fièvre n'est pas forcément accompagnée d'une inflammation.
• Il décrit aussi les symptômes de la réaction inflammatoire de façon simple en utilisant 4 mots importants : RUBOR (rougeur), TUMOR (gonflement), CALOR (chaleur), et DOLOR (douleur). C'est ce que l'on appelle encore aujourd'hui, le quadrilatère de Celse.

2 | Deux remèdes antiques :

L'oignon, remède universel selon Pline.

Sativae [caepae] olfactu ipso et delacrimatione caligini medentur, magis vero suci inunctione. Somnum etiam facere traduntur et ulcera oris sanare commanducatae cum pane, et canis morsus virides ex aceto inlitae aut siccae cum melle et vino, ita ut post diem tertium solvantur. Sic et attrita sanant. Suco et cicatrices oculorum et albugines et argema inunxere et serpentium morsus et omnia vulnera cum melle ; item auricularum cum lacte mulierum et in iisdem sonitum aut gravitatem emendantes cum adipe anserino aut cummelle stillavere.

Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre XX, 20, « les vertus de l’oignon ».

Aide à la traduction

Traduction d' Émil :

Sativae [caepae] medentur
caligini
olfacto ipso
et delacrimatione
magis vero
inunctione suci.
Traduntur etiam
facere somnum
et commanducatae cum pane
sanare ulcera oris
et virides inlitae ex aceto
aut siccae cum melle et vino
[sanare] canis morsus
ita ut
solvantur
post diem tertium.
[saetivae caepae] sanant
sic et
attrita.
Innunxere et
suco
cicatrices oculorum
et albugines et argema
et cum melle
serpentium morsus
et omnia vulnera.
Item [vulneribus] auricularum
cum lacte mulierum.
et stillavere
[caepas] emendantes
sonitum ac gravitatem
in iisdem
cum adipe anserino aut cum melle.
Les oignons cultivés soignent
les troubles de la vue
en les reniflant
et en pleurant
mais surtout
par l'application du suc.
On rapporte aussi
qu'ils favorisent le sommeil
et que, mâchés avec du pain,
il soigne les ulcères de la bouche
et que frais enduit de vinaigre,
ou sec avec du miel ou du vin,
[ils soignent] les morsus de chien
si bien qu'
elles sont guéries
au bout de 3 jours.
[Les oignons cultivés] soignent
ainsi aussi
les ampoules.
On frotte aussi
avec le suc
les cicatrices des yeux
et les taies blanches sur l'œil et les ulcérations du cercle de l'iris
et avec du miel
les morsures des serpents
et toutes les plaies.
Pareillement pour les blessures des oreilles,
avec du lait maternel
et on fait couler
[le jus d']oignons correcteurs
du bourdonnement d'oreille et de la surdité
à l'intérieur de celles-ci
avec de la graisse d'oie ou du miel.

L'amande amère pour soigner la jaunisse selon Gargilius Martialis.

Fit medicamentum ex amaris amygdalis quod Dioscorides dia amygdalon picron appellat, spleni et jocinori maximeque aurugini necessarium, quod conficitur sic : amygdalorum unciae II, gentianae unciae IIII, anesi unciae II, absinthii Pontici uncia I, omnia simul tunsa cribrantur. Ex eo pulvere coclearium ex aqua datur. Mulsam miscent qui nimiam amaritudinem vitant. Vehemens hoc esse etiam domesticis in uxore servata experimentis probavi.

Gargile Martial, Les remèdes tirés des légumes et des fruits, LIII, « L’amande amère ».

Aide à la traduction

3 | Pour aller plus loin

Vocabulaire latin du corps humain

Vocabulaire grec du corps humain