Isis

Isis tenant un sistre. Chapiteau romain en marbre, Pise (Italie). Époque sévérienne (début du IIIe siècle).
1 | Isis, un culte à mystères : Apulée, Les Métamorphoses, XI, 23
Lucius, le héros de l’histoire, après avoir été transformé en âne, a retrouvé sa forme humaine grâce à la bienveillance de la déesse Isis. Après un temps d’attente, il est initié aux mystères d’Isis.
Tunc semotis procul profanis omnibus linteo rudique me contectum
amicimine arrepta manu sacerdos deducit ad ipsius sacrarii penetralia.
Quaeras forsitan satis anxie, studiose lector, quid deinde dictum, quid
factum ; dicerem, si dicere liceret, cognosceres, si liceret audire. Sed
parem noxam contraherent et aures et lingua [...]. Nec te tamen desiderio
forsitan religioso suspen- sum angore diutino cruciabo. Igitur audi, sed
crede, quae vera sunt. Accessi confinium mortis et calcato Proserpinae5
limine per omnia vectus elementa remeavi, nocte media vidi solem candido
coruscantem lumine, deos inferos et deos superos accessi coram et adoravi de
proxumo. Ecce tibi rettuli, quae, quamvis audita, ignores tamen necesse est.
Ergo quod solum potest sine piaculo ad profanorum intellegentias enuntiari,
referam.
Aide à la traduction
Traduction de Maëlle et Émil
Le commentaire de Camille
Le texte d’Apulée extrait des Métamorphoses date du IIe siècle après J-C. Il parle du culte d’Isis et plus précisément de l'initiation de Lucius, le personnage principal du roman. Dans la première partie du texte, Apulée semble ne pas vouloir révéler les secrets liés au culte aux simples lecteurs. Il explique que cela serait un crime «aussi bien pour l’oreille confidente que pour la bouche révélatrice». Cependant, il accepte de dévoiler quelques aspects de ce culte à mystères seulement aux plus curieux. Il donne alors quelques éléments de l'initiation mystique du héros. Lucius se serait rendu sur le palier de Proserpine puis il aurait rencontré les dieux aussi bien du ciel que les souterrains. Il ne va pas plus loin, et il ne nous laisse que les indices concernant ce culte à mystère car il ne révèle que « ce que [il] peut découvrir sans sacrilège aux intelligences profanes."
Le petit point grammatical d'Arthur V. : l'ablatif absolu dans le texte d'Apulée
2 | Lectures complémentaires :
2 visions opposées du culte d'Isis. Les points de vue de Juvénal et d'Ovide
Le commentaire d'Antoine
Gabriel a dessiné Isis d'après un texte de Gérard de Nerval.
I L EST ÉVIDENT que dans les derniers temps le paganisme s’était retrempé dans son origine égyptienne, et tendait de plus en plus à ramener au principe de l’unité les diverses conceptions mythologiques. Cette éternelle Nature, que Lucrèce, le matérialiste, invoquait lui-même sous le nom de Vénus céleste, a été préférablement nommée Cybèle par Julien, Uranie ou Cérès par Plotin, Proclus et Porphyre, — Apulée, lui donnant tous ces noms, l’appelle plus volontiers Isis ; c’est le nom qui, pour lui, résume tous les autres ; c’est l’identité primitive de cette reine du ciel, aux attributs divers, au masque changeant ! Aussi lui apparaît-elle vêtue à l’égyptienne, mais dégagée des allures raides, des bandelettes et des formes naïves du premier temps.

Isis, vue par Gabriel
Ses cheveux épais et longs, terminés en boucles, inondent en flottant ses divines épaules ; une couronne multiforme et multiflore pare sa tête, et la lune argentée brille sur son front ; des deux côtés se tordent des serpents parmi de blonds épis, et sa robe aux reflets indécis passe, selon le mouvement de ses plis, de la blancheur la plus pure au jaune de safran, ou semble emprunter sa rougeur à la flamme ; son manteau, d’un noir foncé, est semé d’étoiles et bordé d’une frange lumineuse ; sa main droite tient le sistre, qui rend un son clair, sa main gauche un vase d’or en forme de gondole.
Telle, exhalant les plus délicieux parfums de l’Arabie-Heureuse, elle apparaît à Lucius, et lui dit : « Tes prières m’ont touchée ; moi, la mère de la nature, la maîtresse des éléments, la source première des siècles, la plus grande des divinités, la reine des mânes ; moi, qui confonds en moi-même et les dieux et les déesses ; moi, dont l’univers a adoré sous mille formes l’unique et toute-puissante divinité. Ainsi, l’on me nomme en Phrygie, Cybèle ; à Athènes, Minerve ; en Chypre, Vénus paphienne ; en Crète, Diane dictynne ; en Sicile, Proserpine stygienne ; à Eleusis, l’antique Cérès ; ailleurs, Junon, Bellone, Hécate ou Némésis, tandis que l’Egyptien, qui dans les sciences précéda tous les autres peuples, me rend hommage sous mon vrai nom de la déesse Isis.
« Qu’il te souvienne, dit-elle à Lucius après lui avoir indiqué les moyens d’échapper à l’enchantement dont il est victime, que tu dois me consacrer le reste de ta vie, et, dès que tu auras franchi le sombre bord, tu ne cesseras encore de m’adorer, soit dans les ténèbres de l’Achéron ou dans les Champs-Elysées ; et si, par l’observation de mon culte et par une inviolable chasteté, tu mérites bien de moi, tu sauras que je puis seule prolonger ta vie spirituelle au delà des bornes marquées. » — Ayant prononcé ces adorables paroles, l’invincible déesse disparaît et se recueille dans sa propre immensité.
3 | Ils nous parlent de l'Isis antique :
❋ National Geographic : « Isis, une déesse égyptienne à la conquête du monde romain », article commenté par Arthur D.
Selon l’article, le culte de la déesse Isis est apparu en Égypte et plus précisément dans le Delta du Nil puis s’est diffusé dans toute l’Égypte antique. La plus ancienne trace de ce culte remonte à 2575-2150 av. J.C. Le culte d’Isis a été très populaire en Égypte, ce qui lui a permis de se diffuser sur le pourtour méditerranéen et dans l’Empire romain. On a notamment trouvé un vase à Londres qui faisait référence à la déesse Isis. Ensuite, l’article nous en apprend plus sur la légende du culte. En effet, dans le culte, Isis épouse son frère Osiris. Puis Osiris est tué par leur frère jaloux Seth. Isis rassemble les morceaux du corps d'Osiris et le ramène à la vie. Ils ont alors un fils, Horus, qui finit par vaincre Seth. Isis est, à l’origine, représentée portant une coiffe en forme de trône et une robe.
Cependant il y a eu quelques modifications au cours du temps : Isis s’est progressivement appropriée les attributs d’autres divinités, ce qui va renforcer son influence dans le monde antique. Isis est une des seules déesses à « appartenir » aux classes populaires, contrairement à la plupart des autres divinités qui étaient destinées aux élites égyptiennes. Le culte d’Isis a été diffusé dans l’Empire Romain grâce aux conquêtes d’Alexandre Le Grand en Égypte. En effet, il a gardé les religions locales au lieu de les réprimer, ce qui a permis au culte d’Isis de s’étendre vers le Moyen-Orient et également dans les comptoirs commerciaux. Les commerçants et les marins ont alors apporté le culte à Naples, Rome ou encore en Sicile. Le culte va donc encore connaître des transformations en s’appropriant le fait d’être la déesse des marins, de la chance.
❋ Géo : « Des restes d'oiseaux découverts à Pompéi - offrandes pour contrer la colère de la déesse Isis ? », article commenté par Mathieu
L’article du site Géo « Des restes d'oiseaux découverts à Pompéi, offrandes pour contrer la colère de la déesse Isis ? » publié le 18 /05/2023 nous parle de la découverte de restes d’oiseaux calcinés à Pompéi et de leur signification. Ces restes ont été mis à jour dans un temple d’Isis et on a pu en déduire qu'un banquet y avait eu lieu. Selon l’hypothèse émise par Chiara Corbine, ce banquet aurait pu être organisé pour apaiser la déesse après la réduction de la taille de son temple en l’an 62. On note aussi l’importance des oiseaux pour les adorateurs d’Isis.
Des reste de sacrifices venant du culte d'Isis ont déjà été retrouvés dans d’autres parties de l’empire romain : Grèce, Allemagne, Espagne. Les restes d’oiseaux peuvent aussi vouloir dire que le culte d’Isis était un culte mineur chez les Romains parce que d'autres divinités recevaient des offrandes plus importantes, par exemple un taureau, comme dans le culte de Mithra.
❋ Odysseum : « Les dieux égyptiens à Rome - pratiques religieuses », article commenté par Édouard
À travers l’article intitulé « Les dieux égyptiens à Rome, pratiques religieuses » de Musagora, du 11/10/2019 extrait du site Odysseum, nous comprenons que les dieux égyptiens connaissent un grand succès chez les Romains. En effet, les divinités égyptiennes telles qu’Isis, Osiris et Sérapis sont très présentes dans la vie des Romains. De plus, les cérémonies égyptiennes sont souvent accompagnées de musique, elles ont ainsi un côté exotique qui plaît beaucoup aux Romains. Cela explique le fait que les archéologues retrouvent beaucoup de restes de fresques ou de mosaïques représentant des animaux ou des paysages égyptiens dans les anciennes villes romaines comme Pompéi.
Par ailleurs, nous savons comment se déroulaient les rites quotidiens dans le culte d’Isis du moins, dans la partie publique du culte. En effet, une partie était ouverte au public tandis que l’autre partie de l’Iseum était réservée aux initiés et aux prêtres. Par ailleurs, les adeptes devaient porter une tenue spécifique. De plus, des rites quotidiens ainsi que des cérémonies rythmaient la vie des adeptes du culte d’Isis. En effet, les deux fêtes principales sont le Navigium Isidis et l'Inventio Osiridis.
Néanmoins, les archéologues n’ont retrouvé aucun récit complet à propos de la légende d’Isis datant de l’Égypte antique. En effet, seuls des épisodes fragmentaires ont été retrouvés et l’un des seuls textes que nous possédons, Isis et Osiris, est celui de Plutarque, un auteur grec. Par ailleurs, Apulée un écrivain du IIème siècle évoque également le culte d’Isis dans son roman Les Métamorphoses sans pour autant dévoiler la partie réservée aux initiés du culte d’Isis. Ce manque d’ouvrages et de sources à l’égard de ce culte peut nous amener à nous questionner sur la véracité ainsi que sur l’authenticité des propos recueillis à l’égard du culte d’Isis. De plus, le culte d’Isis était un culte à mystère, les initiés du culte n’étaient donc pas autorisés à dévoiler les rituels sacrés. Or, pour devenir initiés du culte d’Isis, il fallait être appelé par la déesse Isis elle-même au cours d’un songe.
Tout cela peut nous amener à réfléchir sur l’exactitude ainsi que sur l’authenticité des informations recueillies sur le culte d’Isis. Juvénal, par exemple, évoquait dans ses Satires le fait que le culte d’Isis était uniquement un prétexte pour les femmes afin d’échapper à leur mari.
❋ Cédric commente ici la visite virtuelle du temple d'Isis à Rome :
4 | Et à l'époque moderne ?
❋ Anna nous parle de l'opéra Isis
de Quinault et Lulli :
L'opéra Isis est une tragédie lyrique de Philippe Quinault et du compositeur Lully datant de 1677. Il se déroule en cinq actes qui relatent l'histoire de Jupiter et lo. Jupiter, dieu de la Terre et du Ciel, tombe amoureux de lo, une nymphe. lo, déjà fiancée refuse ses avances mais la femme jalouse de Jupiter, Junon, déesse du mariage et de la fécondité l'apprend et s'en énerve. lo, persécutée par Junon supplie Jupiter de l'arrêter. Junon la pardonne et lo est élevée au rang de divinité. Elle prend alors un nouveau nom : Isis.
La déesse Isis dépeinte dans l'opéra n'a en réalité pas de similitudes avec la déesse Isis vénérée dans l'Antiquité. En Rome antique, Isis est une déesse égyptienne dont le culte s'est répandu. C'est une déesse adorée par les malades et les femmes. Alors pourquoi Quinault a fait le rapprochement entre lo et Isis ?
Dans le mythe original, lo est une prêtresse et une des maîtresses de Jupiter, qui la transforme en génisse pour lui épargner la colère de Junon. C'est cette transformation qui la lie à Isis. En effet, la déesse Isis porte des cornes de vaches sur sa tête. A cause de cette apparence bovine, plusieurs auteurs l'ont assimilé à lo. Ovide, dans ses Métamorphoses, la désigne en tant que fille du dieu-fleuve Inachios, qui est également le père de lo. Selon certains auteurs comme Apollodore le Mythographe, Isis serait le nom donné par les égyptiens à lo et également à Demeter.
C'est donc des rapprochements faits par les auteurs antiques entre Isis et lo que s'inspire l'opéra de Quinault et Lully.❋ Laurine et Vadim commentent l'œuvre Isis de Georges Lacombe :

L'œuvre Isis de Georges Lacombe, réalisée vers 1895, est une sculpture en acajou qui incarne la fascination de l'époque pour l'Égypte ancienne à travers la déesse Isis. Georges Lacombe, sculpteur et peintre français, a mélangé une technique minutieuse de la sculpture au symbole que représente la déesse.
La représentation d'Isis, déesse égyptienne de la maternité, de la magie et de la guérison, est faite de manière moderne. La déesse représente généralement la protection et le sacré. Ici on la voit dans une posture noble et sereine mais ce n’est pas vraiment comme cela qu’on l’imagine. On imagine Isis souvent comme un symbole de la féminité divine, de la sagesse ancienne et de la continuité de la vie. On la représenterait plutôt dans la lumière alors qu’ici c’est une œuvre qui dérange un peu, on assimile le rouge omniprésent à du sang. Cela dit, on retrouve un côté féminin avec les fleurs sur les bordures. L’artiste semble vouloir évoquer la puissance de la déesse en concentrant son énergie dans la pureté de la forme et la simplicité.<:p>
Contrairement à d'autres matériaux comme le marbre ou le bronze, l’acajou a une qualité tactile qui renforce peut-être la dimension humaine et spirituelle de la déesse. La couleur brune et les rainures du bois apportent une certaine chaleur à la figure d'Isis pourtant elle semble malgré tout assez fermée.
L’acajou, avec ses nuances chaudes et profondes, joue un rôle fondamental dans cette sculpture. Le bois insuffle à l’œuvre une dimension vivante. La texture du bois et ses imperfections naturelles semblent dialoguer avec l’idée même de la divinité : un être à la fois parfait et en lien avec la nature.
La déesse semble presque suspendue dans un état de contemplation ou de méditation. Son regard, qui semble à la fois tourné vers l'invisible et l'inaccessible, et sa posture droite et statique, suggèrent une idée de permanence, de sagesse. La simplicité de la posture renforce l’impression de sérénité et de contrôle absolu, caractéristiques d’Isis. La présence de la déesse semble à la fois rassurante et mystérieuse, une combinaison d’assurance et de calme qui est au cœur de la figure d'Isis.
